Leçon 7 : De la fosse aux lions au repaire de l’Ange

Lecture de la semaine: Daniel 6, 1 Sam. 18:6–9, Matt. 6:6, Actes 5:27–32, Marc 6:14–29, Heb. 11:35–38.

Verset à mémoriser: « Alors les chef et les satrapes se mirent en quête d'une affaire d'État pour accuser Daniel Mais ils ne purent trouver aucun motif d'accusation, aucune erreur, parce qu'il était digne de confiance, et qu'on ne trouvait chez lui ni négligence ni erreur (Daniel 6.5.) »

Sabbat après-midi
Après que les Mèdes et les Perses ont pris Babylone, Darius le Mède reconnais la sagesse de Daniel et l'invite à faire partie du nouveau gouvernement. Le prophète vieillissant excelle dans ses fonctions officielles, à tel point que le nouveau roi le nomme administrateur en chef de tout le gouvernement médo-persan.

Cependant, alors que le chapitre se déroule, Daniel doit affronter la conséquence de ce qu'on pourrait appeler à juste titre le premier péché, celui de la jalousie. Mais avant que l'histoire ne se termine, nous voyons que Daniel est fidèle, non seulement à ses devoirs sous les Mèdes et les Perses, mais surtout à son Dieu. Et nous pouvons être sûrs que sa fidélité envers Dieu a un impact direct énorme sur sa fidélité dans les autres domaines également.

Lexpérience de Daniel face à la persécution sert de paradigme pour le peuple de Dieu à la fin des temps. L'histoire ne signifie pas que le peuple de Dieu sera épargné en matière d'épreuves et de souffrance. Ce qu'elle garantit en revanche, c'est que dans le conflit contre le mal, le bien finira par l'emporter, et Dieu finira par réhabiliter son peuple.

Étudiez la leçon de cette semaine pour le sabbat 15 février.

Même au ciel, environnement pourtant parfait, Lucifer ressentit de la jalousie envers Christ. «Lucifer était jaloux de Jésus-Christ; il l'enviait. Cependant, quand tous les anges se prosternèrent devant Jésus pour reconnaitre sa suprématie et son autorité légitime, il s'inclina avec eux; mais son cœur  était rempli de haine et d'envie.» Ellen G. White, L'histoire de la rédemption, p. 12. Il est très dangereux de nourrir des sentiments de jalousie, à tel point que dans les Dix Commandements, aux côtés de l'interdiction de meurtre et de vol, on trouve un commandement contre la convoitise (voir Ex 20.17).

Lisez Daniel 6.1-5, et Genèse 37.11, 1 Samuel 18.6-9. Quel rôle la jalousie joue-t-elle dans ces récits?

Les compétences administratives de Daniel impressionnent le roi mais provoquent la jalousie des autres officiels. Ainsi, ils conspirent pour se débarrasser de lui en l'accusant de corruption. Mais malgré toutes leurs recherches, ils ne trouvent rien à redire dans l'administration de Daniel. Mais ils ne purent trouver aucun motif d'accusation, aucune erreur, parce qu'il était digne de confiance, et qu'on ne trouvait chez lui ni négligence, ni erreur (Dn 6.5).

Daniel est irréprochable. Les officiels ne peuvent rien pour trouver pour l'accuser. Cependant, ils perçoivent également combien Daniel est fidèle envers son Dieu et combien il obéit à la loi de son Dieu. Alors ils se rendent vite compte que pour piéger Daniel, ils vont devoir créer une situation dans laquelle Daniel se retrouvera face à un dilemme: obéir soit à la loi de Dieu, soit à la loi de l'empire. D'après ce qu'ils ont appris sur Daniel, ils sont absolument convaincus que si les conditions sont réunies, il se mettra du côté de la loi de Dieu, avant celle de l'empire. Quel témoignage à la fidélité de Daniel!

Quel genre de luttes avec la jalousie avez-vous connues, et comment les avez-vous gérées? Pourquoi la jalousie est-elle une faute spirituelle aussi mortelle et paralysante?

Lisez Daniel 6.6-9. Quel est le raisonnement derrière ce décret? En quoi cela joue-t-il sur la vanité du roi?

Darius peut avoir l'air un peu bête en promulguant un décret qu'il souhaite bientôt abrogé. Il tombe dans le piège tendu par les fonctionnaires, qui sont suffisamment malins pour jouer avec les circonstances politiques du royaume récemment établi.

Darius a décentralisé le gouvernement et établi cent vingt satrapes afin de rendre l'administration plus efficace. Cependant, une telle action comporte des risques à long terme. Un gouverneur influent peut facilement encourager une rébellion et diviser le royaume. Ainsi, une loi forçant tout le monde à n'adresser ses requêtes qu'au roi pendant trente jours semble une bonne stratégie pour entretenir la loyauté envers le roi, et ainsi empêcher tout type d'insurrection. Mais les fonctionnaires trompent le roi en affirmant qu'une telle proposition ale soutien de «tous» les gouverneurs, administrateurs, satrapes, et conseillers. Il s'agit d'une inexactitude évidente, puisque Daniel n'est pas inclus. De plus, la perspective d'être traité comme un dieu a pu sembler séduisante.

Nous n'avons pas de preuves que les rois perses aient jamais revendiqué un statut divin. Néanmoins, le décret était peut-être prévu pour faire du roi le seul représentant des dieux pendant trente jours; c'est-à-dire que les prières adressées aux dieux devaient être offertes par son intermédiaire. Malheureusement, le roi ne cherche pas à savoir quelles sont les motivations derrière la proposition. Ainsi, il ne perçoit pas que la loi censée empêcher toute conspiration était elle-même une conspiration pour nuire à Daniel.

Deux aspects de cette loi méritent qu'on s'y attarde. D'abord, la peine pour la transgression sera d'être jeté dans la fosse aux lions. Puisque ce type de châtiment n'est attesté nulle part ailleurs, il s'agissait peut-être d'une suggestion ponctuelle des ennemis de Daniel. Les monarques du Proche-Orient ancien plaçaient les lions dans des cages afin de les relâcher pour certaines occasions dans des contextes de chasse. Aussi n'y avait-il pas de pénurie de lions pour mettre en pièces quiconque transgresserait le décret du roi. Deuxièmement, le décret ne peut être changé. La nature immuable de la «loi de Perse et de Médie » est également mentionnée dans Esther 1.19 et Esther 8.8. Diodore de Sicile, historien grec de l'Antiquité, mentionne une occasion où Darius III (à ne pas confondre avec le Darius mentionné dans Daniel) changea d'avis mais ne pouvait plus révoquer une sentence de mort qu'il avait rendue pour un innocent.

Mais toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te rendra (Mt 6.6).

Lisez Daniel 6.10. Pourquoi Daniel ne se contente-t-il pas de prier tranquillement à l'abri des regards?

Daniel est un vétéran en politique, mais surtout, c'est un serviteur de Dieu. De ce fait, il est le seul membre du gouvernement qui peut comprendre ce qui se cache derrière le décret du roi. Pour Darius, le décret équivaut à une opportunité de renforcer l'unité du royaume, mais pour les conspirateurs, il s'agit d'une stratégie pour se débarrasser de Daniel.

Bien entendu, les véritables causes et motivations cachées de ce complot se situent dans le conflit cosmique entre Dieu et les forces du mal. À cette époque (539 avant J.-C.), Daniel a déjà reçu les visions rapportées dans Daniel 7 (553 avant J.-C.) et 8 (551 avant J.-C.). Alors il peut comprendre le décret royal, non comme étant une simple question de politique humaine mais comme un exemple de cette guerre cosmique. La vision du Fils de l'homme donnant le royaume au peuple du Très-Haut et l'assistance réconfortante de l'interprète de l'ange (Daniel 7) a pu lui donner le courage d'affronter la crise de front. Il a également pu réfléchir à l'expérience de ses compagnons, qui avaient été suffisamment courageux pour défier le décret de Nabuchodonosor (Daniel 3).

Ainsi, il ne change pas ses habitudes de prière, mais continue sa pratique habituelle de prier trois fois par jour en direction de Jérusalem. Malgré l'interdiction de faire des requêtes à nul autre homme ou dieu que le roi, Daniel ne prend pas non plus de précaution pour cacher ou dissimuler sa vie de prière durant ces trente jours critiques. Il est en minorité absolue puisqu'il est le seul, parmi des douzaines de gouverneurs et autres fonctionnaires, à aller droit à l'affrontement avec le décret royal. À travers sa vie de prière ouverte, cependant, il démontre que la loyauté qu'il doit à Dieu passe avant sa loyauté envers le roi et son décret irrévocable.

Lisez Actes 5.27-32. Bien que la mise en garde ici soit claire, pourquoi devons-nous toujours, quand nous agissons à l'encontre des lois humaines, nous assurer que ce que nous faisons est véritablement la volonté de Dieu? (Après tout, pensez à ceux qui sont morts plutôt que de trahir une croyance ou un système de croyances que nous croyons être faux!)

Lisez Daniel 6.11-23. Que dit le roi à Daniel qui révèle combien Daniel est un puissant témoin pour Dieu?

Les comploteurs repèrent bientôt Daniel en train de prier, c'est-à-dire en train de faire exactement ce que le décret interdit. Et alors qu'ils viennent porter leur accusation devant le roi, ils parlent de Daniel de manière dévalorisante: Daniel, l'un des déportés de Juda (Dn 6.14, Colombe). À leurs yeux, l'un des principaux fonctionnaires de l'empire, celui que le roi préfère, n'est rien d'autre qu'un déporté, un prisonnier. En outre, ils opposent Daniel au roi en disant que Daniel n'a tenu aucun compte de toi, ô roi, ni de l'interdiction que tu as signée. Alors, le roi se rend compte qu'il a été piégé en signant le décret.

Le texte dit que jusqu'au coucher du soleil il s'efforça de le délivrer (Dn 6.15). Mais il ne peut rien faire pour sauver le prophète du châtiment prévu. La loi irrévocable des Mèdes et des Perses doit être appliquée à la lettre. Ainsi, le roi, malgré sa réticence, donne l'ordre de jeter Daniel aux lions. Mais Darius exprime en même temps un certain espoir, qui sonne comme une prière: Ton Dieu, que tu sers avec persévérance, te délivrera (Dn 6.16). Le texte biblique ne dit pas ce que fait Daniel au milieu des lions, mais on peut supposer qu'il prie. Et Dieu honore la foi de Daniel en envoyant son ange pour le protéger. Le lendemain matin, Daniel sort indemne de la fosse, prêt à reprendre ses activités dans le gouvernement. Ellen G. White fait le commentaire suivant à propos de cet épisode : « Dieu n'empêcha pas les ennemis de Daniel de le jeter dans la fosse aux lions. Il permit aux démons et aux hommes pervers de réaliser jusqu'à ce point leur projet. Mais c'était afin de rendre plus éclatante la délivrance de son serviteur et plus totale la défaite des ennemis de la vérité et de la justice. » Prophètes et rois, p.414.

Cette histoire se termine bien (en tous cas pour Daniel), mais que penser des récits, y compris dans la Bible (voir par exemple Mc 6.14-29), qui ne se terminent pas par une délivrance? Comment les comprendre?

Lisez Daniel 6.24-28. Quel témoignage le roi rend-il sur Dieu?

Point important du récit : Darius loue Dieu et reconnait la souveraineté de Dieu. C'est un aboutissement, l'apogée même, des louanges et des expressions de reconnaissance offertes à Dieu dans les chapitres précédents (Dn 2.20-23; Dn 3.28,29; Dn 4.1-3, 34-37). À l'instar de Nabuchodonosor, Darius réagit à la délivrance de Daniel en louant Dieu. Mais il fait plus : il revient sur le précédent décret et ordonne à tous d'avoir de la crainte et du respect devant le Dieu de Daniel (Dn 6.26).

Oui, Daniel est sauvé miraculeusement, sa fidélité est récompensée, le mal puni, et l'honneur et la puissance de Dieu réhabilités. Mais ce à quoi nous assistons ici est une illustration de ce qui arrivera à l'échelle universelle: le peuple de Dieu sera délivré, le mal puni, et le Seigneur réhabilité devant le cosmos.

Lisez Daniel 6.24. Que pouvons-nous trouver de plutôt problématique dans ce verset, et pourquoi?

Il y a cependant un problème troublant. Il s'agit des épouses et des enfants qui, pour autant qu'on sache, sont innocents, et qui pourtant subissent le même sort que les coupables. Comment expliquer ce qui semble une mauvaise gestion de la justice?

D'abord, nous devons faire remarquer que l'action est décidée et exécutée par le roi suivant la loi perse, qui inclut la famille dans le châtiment du coupable. D'après un ancien principe, toute la famille porte la responsabilité de la faute d'un membre de la famille. Cela ne veut pas dire que c'est juste. Cela veut simplement dire que ce récit correspond à ce que nous savons de la loi des Perses.

Ensuite, le récit biblique rapporte l'événement sans pour autant cautionner l'action du roi. En fait, la Bible interdit explicitement de mettre à mort les enfants à cause des péchés de leurs parents (Dt 24.16).

Face à des injustices comme celle-là et tant d'autres, quel réconfort peut-on tirer de textes comme 1 Corinthiens 4.5? Que dit-il, et pourquoi le point qu'il soulève est-il si important?

La délivrance de Daniel est rapportée dans Hébreux 11. Ce «panthéon de la foi» dit que les prophètes, entre autres exploits, fermèrent la gueule des lions (He 11.33). C'est merveilleux, mais nous ne devons pas oublier que les héros de la foi ne sont pas seulement ceux qui ont échappé à la mort comme Daniel, mais aussi ceux qui ont souffert et sont morts courageusement, comme le relève également Hébreux 11. Dieu en appelle certains à être des témoins par leur vie et d'autres par leur mort. Ainsi, l'histoire de la délivrance de Daniel n'implique pas que la délivrance soit accordée à tous, comme nous le voyons dans la multitude d'hommes et de femmes qui sont devenus des martyrs à cause de leur foi en Jésus. Cependant, la délivrance miraculeuse de Daniel montre bien que Dieu règne, et qu'il finira par délivrer tous ses enfants de la puissance du péché et de la mort. Cela devient clair dans les chapitres suivants de Daniel.

À MÉDITER :

1- Jean-Paul Sartre a écrit que « ce qui rend le mieux concevable le projet fondamental de la réalité humaine, c'est que l'homme est l'être qui projette d'être Dieu. », dans L'Être et le Néant. En quoi cela nous aide-t-il à comprendre, en tous cas sur un certain plan, pourquoi le roi tombe dans le piège ? Pourquoi devons-nous tous, quelle que soit notre position dans la vie, prendre garde à cette même tendance dangereuse, aussi subtilement qu'elle puisse se manifester ? De quelles autres manières voulons-nous peut-être devenir «comme Dieu» ?
2- Quel genre de témoignage présentons-nous à autrui concernant notre fidélité envers Dieu et sa loi? Ceux qui vous connaissent pensent-ils que vous êtes de ceux qui peuvent se battre pour leur foi, même si cela doit vous coûter votre travail, ou même votre vie ?
3- Que voyez-vous chez Daniel qui fait de lui une personne que Dieu peut utiliser efficacement pour ses desseins ? Avec l'aide du Seigneur, comment pouvez-vous développer davantage les mêmes caractéristiques ?
4- Comment Daniel aurait-il pu être légitimé en décidant, au vu du décret, de changer sa manière de prier ? Cela aurait-il constitué un compromis dangereux ? Pourquoi ?